Nimue Broderie

Merlin, épisode 1

Préparation de l'ouvrage

Avant de commencer un ouvrage il est important de savoir :
  • qu’est-ce que l’on veut raconter
  • où l’on va en terme d’esthétique
  • est-ce qu’il y a du sens aussi bien dans le thème que dans la technique à utiliser
  • et 15 mille autres questions…

Mais arrêtons-nous déjà à l’histoire.

1- Qui est Merlin ?
 
Merlin est certainement un des personnages les plus attachant de la légende arthurienne.
Il y a chez lui à la fois une connaissance implacable de tous les ressorts de l’humanité et en même temps une fraîcheur, qui peut ressembler de loin à une innocence, mais qui est en fin de compte une immense bienveillance et affection envers les humains, qu’il semble redécouvrir à chaque fois.
 
Son père étant un incube et sa mère une jeune vierge, il a en lui des facultés hallucinantes qui en font un être hors du temps.
Il est mortel mais traverse les siècles.
Il est polymorphe, tantôt sous l’aspect d’un vieux sage, tantôt celui d’un enfant, d’un lépreux, ou d’un jeune homme d’une grande beauté face à Viviane.
Il a en lui la connaissance du monde et le met au service d’Arthur pour qui il est une sorte de conseiller politique et figure patriarcale.
Il est amoureux et enseigne à Viviane tout ce qu’il sait et se laisse enserrer par elle en Brocéliande.
Il est de loin le personnage le plus complexe et le plus mystérieux. On a du mal à envisager tous ses contours tant ils sont vastes.
 
La représentation la plus commune qui nous est restée au fil des siècles est celle du vieux sage, habillé d’une longue toge de drap brut. Il fait corps avec les éléments de la nature pour enfin se fondre en elle, dans sa prison verte, définie par Viviane. C’est ici que nous le retrouvons. Celui qui tout au long de sa présence au monde aura joué les ermites, disparaissant de temps en temps sans laisser de trace, pour enfin s’évanouir à jamais à nos yeux. Cependant il est toujours là, quelque part, derrière ou en chaque pousse, chaque tige, chaque tronc. Merlin nous regarde nous débattre dans notre petite humanité, et s’amuse de nous comme toujours.
La plus célèbre des représentations de Merlin et Viviane - Gustave Doré fin du XIXème siècle
 
Lorsque j’ai décidé de me lancer dans cette collection arthurienne, je savais qu’il aurait des défis.
Il y a 7 sujets :
1- Guenièvre
2- Arthur
3- Viviane
4- Merlin
5- Morgane
6- Lancelot
7- Tristan et Iseult
Nous sommes donc au milieu de cette collection avec ce quatrième sujet.
 
Guenièvre
Arthur
Viviane
Excentrrique n'est-ce pas ? Quirky isn't it ?

Comme vous le voyez il y a du travail avant d’obtenir une image adéquat pour la broderie..

Morgane
Lancelot
Tristan et Iseult
 
1- Toile de Fond
Un des intérêts de la broderie au point de croix, c’est d’utiliser la toile à broder comme fond du sujet. L’on va apprécier d’avoir une belle toile entre les mains et il serait dès lors dommage de la couvrir complètement. Elle doit être choisie de façon à :
  • mettre en avant le motif central
  • faire ressortir les couleurs
  • s’harmoniser avec les couleurs
  • accompagner le sens, l’histoire du sujet
 
Dans le cadre d’une collection, il s’agit de rester dans une gamme de toiles homogènes.
Pour Arthur et Guenièvre : lin marbré caramel Belfast de Zweigart
Pour Viviane et Merlin : lin marbré blanc cassé Belfast de Zweigart
 
Le lien est l’effet marbré dans la gamme Belfast de Zweigart et la qualité identique de lin. Le fond marbré apporte de la texture et quelque chose de plus « habité ».
Il faut cela car à l’origine toutes ces illustrations ont des fonds très chargés. Et c’est peu dire concernant Merlin…

Le fond marbré apporte de la texture et quelque chose de plus "habité".

 
2- Nettoyage
Cela fait bien deux ans que je regarde cette image quotidiennement.
Je vous avais déjà raconté que je place en général l’image dans mon espace de travail de manière à la connaitre par cœur, bien avant de commencer la broderie.
Beaucoup de choses me gênaient dans l’image originelle. Trop de connotations ésotériques avec ces violet/mauve et verts d’eau clairs. J’ai cherché comment ramener le sujet plus proche d’un Merlin que je connais et plus moderne aussi, avec une gamme de couleurs qui nous conviendraient d’avantage à l’époque où nous vivons.
 
Inverser la lumière…
Faire le choix de la toile blanche alors que le fond est très sombre à l’origine impacte énormément l’image.
Pour faire court : à l’origine le fond est très sombre et le personnage éclairé.
Je me retrouve de fait avec un fond très clair et un personnage clair ? Maladroit.
Il est temps de nettoyer l’image originelle pour l’amener là où cela m’intéresse…
 
Car c’est aussi de cela dont il s’agit. Je veux que l’image me mette en appétit de brodeuse.
J’ai besoin de voir là, des couleurs qui me donnent envie, des couleurs qui me font saliver. Or la gamme proposée dans cette illustration me laisse un peu de marbre.
Un petit tour dans un logiciel de retouche d’image devrait faire le job.

"Or la gamme proposée dans cette illustration me laisse un peu de marbre."

Oulala très ésotériques ces couleurs
 

Question :
Qu’est-ce que je garde ? Ou : Qu’est-ce que j’élimine d’office ?
Voici mes choix :

  • je retire tout le fond.

C’est fastidieux parce qu’il faut tout détourer mais au final cela fera gagner du temps.

Je garde :

  • le personnage, les ramifications et le cerf.

    Mais encore :

  • trop de ramifications : certaines sont supprimées
Ça commence à respirer
 
J’ai retiré les éléments parasites, il me reste l’essentiel, mais question couleurs on y est toujours pas.
Je décide :
  • d’accentuer drastiquement les contrastes en sélectionnant zone après zone
  • de jouer sur les teintes zone après zone
Sans dénaturer l’œuvre originale puisque les éléments principaux sont là, je viens de ramener Merlin au pays de Nimue, avec des jolis verts, des marrons chauds, des racines bronze, un Merlin moins éthéré. Il n’y a finalement que le cerf qui est resté dans sa bulle « eau profonde » car les tons sont magnifiques.
Cette fois je me sens d’attaque, je suis impatiente de me confronter à ce nouvel exercice de style, d’autant que je perçois que cela va m’emmener dans des camaïeux que je n’ai pas encore explorés avec des transitions assez vertigineuses à certains endroits. Je trouve cela très très excitant.
En quelque sorte j’ai hâte de voir si je vais m’en sortir !
Cela démarre chaudement avec ces couleurs chatoyantes !
Car c’est ainsi, il faut des nouveaux défis, des nouvelles choses à explorer, même si c’est subtile, c’est ce qui maintient l’envie de faire et de bien faire. Jouer avec de nouvelles couleurs me rend joyeuse. D’ailleurs depuis je suis accrochée à ma broderie, je ne la lâche plus et chaque jour qui commence je suis impatiente de la retrouver…

Rendez-vous pour la suite : Merlin Episode 2

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Merlin, par Nimuë d’après une illustration de Zephir d’Elph

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